gros


Réserver


facebook twitter
Mise en scène

L’auteur et son contexte
Aujourd’hui oublié, Dion Boucicault, de son vrai nom Dionysius Lardner Boursiquot, fut pourtant l’un des plus fameux auteur, comédien et metteur en scène du théâtre britannique au XIXème siècle avec plus de 200 pièces à son actif, dont des adaptations des romans de Charles Dickens et d’Alexandre Dumas. Il connut la célébrité des deux côtés de l’Atlantique et fut même qualifié de « plus remarquable dramaturge anglais du XIXème siècle » par le prestigieux New York Times !

Sa première comédie montée à Londres en 1841, London Assurance, littéralement « L’Assurance des gens de Londres », le propulsa directement au sommet alors qu’il n’avait que 21 ans. Comme les héros de sa pièce, Dion Boucicault mena une vie sentimentale mouvementée et se maria 3 fois. Sa 1ère femme mourut d’un accident dans les montagnes suisses, sa 2ème femme s’enfuit avec lui à New York où elle lui donna 6 enfants. Il la quitta 30 ans plus tard pour une jeune actrice australienne après un divorce prononcé pour « bigamie avec adultère »... Boucicault mourut finalement à New York le 18 septembre 1890.

Depuis, London Assurance continue à être régulièrement jouée à New York et à Londres, restant un classique au succès jamais démenti. Elle a posé les bases du vaudeville anglais et aurait même fortement influencé Oscar Wilde lorsqu’il écrivit, en 1895, L’importance d’être constant.


Dion Boucicault
La création collective : un choix délibéré
L’objectif de ce projet était de partir des comédiens, matière première d’une création théâtrale, de mêler leur vision et leur expérience du jeu d’acteur en explorant leur personnage pour faire grandir la pièce. De ce point de départ, une vision de mise en scène s’est imposée et pour cette raison un redécoupage du texte était nécessaire.

La pièce a donc été réécrite et adaptée par Karim El Quasri, Evrard Klein et Pierre-Alexandre Koch, et ensuite mise en scène par Damien Chaumont, Marc-Antoine Cléret et Victoire Vasselle.


Des sujets de société intemporels : le féminisme et le mode de vie
Deux sujets incontournables dans le Londres du XIXème siècle et qui marquent les questionnements propres de la vie de notre auteur. Deux thèmes plus généralement revendiqués par le genre du vaudeville et qui sont aussi les questionnements récurrents de notre société d’hier et d’aujourd’hui.

Le féminisme se décline dans la pièce à travers trois personnages correspondant aux trois rôles de la femme dans la société, son rôle de fille, de femme et d’épouse :
- Lady Gaëlle, femme charismatique et assumée, mariée à un mari fidèle et aimant, représente la femme moderne de son temps qui a su tirer parti des avantages et inconvénients de la position féminine de l’époque.
- Violette, jeune femme enjouée et docile, domestique des Weetabix, est jeune et idéaliste. Elle aspire à une vie d’épouse et de mère au foyer, et représente le modèle archaïque et traditionnel de la femme de tous les temps.
- Grace, quant à elle est le résultat du questionnement de ces deux femmes. Elle accepte le mariage par convention mais s’en détache avec résignation. Affichant un caractère assumé elle chérit au fond sa vie de femme libre. Plus elle avance, plus elle aspire à une vision moderne de la femme et questionne les protagonistes de la pièce sur la position féminine.

Deux modes de vie, la campagne et la ville, divisent deux groupes de personnages qui s’entremêlent et se confrontent sur leurs mœurs et leurs habitudes. D’un côté la société rurale et authentique prend sa source dans une vieille aristocratie terrienne aux mœurs un peu abruptes. De l’autre la société citadine aux habitudes rigides chargées de rituels et de maniérisme aux couleurs chatoyantes, mais aussi avec une culture élitiste et superficielle prônée comme modèle dominant. De la confrontation de ces deux mondes que tout oppose naît un comique de situation qui parcourt toute la pièce.


London Assurance
La mise en scène
La mise en scène telle que nous l’avons voulue s’articule autour de trois grands axes :
- Un vaudeville aux traits burlesques
- Une pièce revisitée entre modernité et références historiques
- Une comédie au message tragique

La première impression de cette pièce, c’est celle d’un vaudeville jonglant entre les quiproquos et le comique de situation : on se croirait presque dans une pièce de Labiche ou de Feydeau ! Des figures caricaturales presque burlesques de par leur costume et leur gestuelle apparaissent et une atmosphère légère se dégage d’une intrigue complexe où de multiples rebondissements s’imbriquent les uns dans les autres.
Les mécaniques du rire ont ici de multiples sources : dans les personnages excentriques d’abord, stéréotypes caricaturés de la société britannique de l’époque, du vieux lord anglais au majordome plus ponctuel que Big Ben en passant par la lady fan de courses hippiques ; dans les situations ensuite, qui font la part belle aux quiproquos et aux retournements ubuesques ; dans l’écriture et le ton enfin, avec un 2nd degré assumé, du populaire au subtil. Le tout sera enrobé d’une ganache appétissante faite de nombreuses références aux clichés anglais.
Mais la comédie vient surtout, comme souvent, de la rencontre cinglante de mondes opposés qui se toisent mais sont forcés de se découvrir : opposition entre les nobles et les petites gens, entre les gens de Londres et ceux de la campagne, et entre la vieillesse paternaliste et la jeunesse insouciante…

Ce sont ces oppositions justement qui font que la pièce, vieille de plus d’un siècle et demi, a gardé toute sa fraîcheur et sa modernité. Les décors et les costumes, certes inspirés de l’ère victorienne, se permettront d’ailleurs certaines libertés et anachronismes pour mieux nous parler.
Car les travers de la société anglaise du XIXème siècle qui sont dénoncés dans la pièce sont plus que jamais vrais aujourd’hui. Les thèmes centraux – lutte contre la domination patriarcale, combat entre l’amour et l’intérêt, ou encore dilemme entre le mariage et la liberté – restent des problématiques fortes de notre société actuelle.

Et même la question du mariage forcé, qui peut paraître désuète, soutient en fait le message le plus profond de la pièce. Les femmes en apparence soumises, dominent en réalité la pièce de bout en bout, et portent avec elles un vrai discours féministe.
Ainsi, lorsque toute la peinture flamboyante et la technicité du rire s’envole, une vérité crue et acide, presque tragique, se révèle aux yeux du spectateur, car à travers ces femmes, la question essentielle qui est posée est celle de la liberté d’aimer et, plus largement, celle du choix de sa propre vie.
Le rire, en fait, n’est toujours que le propre reflet du spectateur… Comme le disait Molière : « Castigat ridendo mores » !